Hommage à Denis Graveraux

 

 

Denis Gravereaux et Gaétan Nadeau dans Abel et Bela. Création 2002

Mon très cher Denis,

Je t’écris de France, pas très loin de ces paysages de ton enfance que tu aimais tant et où je t’avais retrouvé une fois, en famille, dans le bel été d’Argenton-sur-Creuse, souriant, généreux, rayonnant, savourant le bonheur tout simple d’être là, au plus près de la vie qui passe et nous emporte.

Nous venions de monter, quelques mois plus tôt Abel et Bela avec notre cher Gaétan et nous éprouvions encore tout le plaisir partagé ensemble tout au long  des répétitions au cours desquelles j’avais pu mesurer l’étendue de ton talent : cette voix savoureuse dont tu jouais avec tant de nuances, la passion que tu mettais à décortiquer toutes les subtilités d’un texte, ta rigueur, ton sens inné du rythme de la phrase, ton goût de l’ellipse dans le jeu et cet art de la rupture de ton que tu pratiquais avec gourmandise. Quand j’ai voulu te faire endosser la défroque d’un huissier aussi ridicule que cynique, tu t’es littéralement surpassé, car tu n’hésitais pas, comme tout grand acteur, à explorer les abîmes du cœur humain.

Mon cher Denis, j’aimais ta drôlerie, ta finesse, ta tendresse pour les êtres fragiles, ta fidélité têtue aux valeurs qui peuvent encore nous sauver dans un monde où la compétition et l’exclusion deviennent la règle. Toi, tu avais choisi, envers et contre tout, et sans hésitation, l’amour et le partage.

Ton exemple nous accompagne et, au nom de tous ceux qui font vivre encore notre petite boutique du Théâtre de Fortune, je te dis notre reconnaissance et notre fidélité. Aujourd’hui nos plus affectueuses pensées de réconfort et de sympathie vont vers Marlène, Théo et Félix qui savent combien tu nous manques déjà !

 

Jean-Marie